© Pixabay
in , ,

LOVELOVE

La folle histoire de l’absinthe

Si la Belle Epoque est synonyme de progrès économiques, technologiques, sociaux et politiques, elle marque aussi la naissance d’un mythe autour de la boisson alcoolisée la plus controversée de l’Histoire, nous parlons de l’absinthe bien sûr.

Tour à tour curative, préventive, apéritive, la popularité croissante de l’absinthe n’a d’égal que sa réputation sulfureuse. Très appréciée du gotha artistique de la fin du XIXe siècle, qui la consomme sans discernement, l’absinthe est accusée de tous les maux et non des moindres : la thuyone, une molécule constituante de l’absinthe, rendrait fou. Interdite à la vente en 1915, l’absinthe est réhabilitée près d’un siècle plus tard.

Qui a inventé l’absinthe ?

A l’origine, l’absinthe est un breuvage médicinal. Henriette Henriod, une rebouteuse neuchâteloise, cède la recette de l’absinthe au major Dubied en 1797. Ledit major ouvre la première distillerie d’absinthe à Couvet, en Suisse, en 1798, en compagnie de son gendre, Henri-Louis Pernod. Ce dernier prend ses distances et crée sa propre distillerie à Pontarlier, côté français, quelques années plus tard.

L’absinthe est donc d’une boisson régionale ?

Initialement, oui. Mais la colonisation nord-africaine va changer le cours de son histoire. En 1830, les soldats français en partance pour l’Afrique du Nord reçoivent de l’absinthe afin d’assainir l’eau et éviter des maladies telles que la malaria ou la dysenterie.

De retour au pays, ils popularisent cette boisson dans tout l’Hexagone. La bourgeoisie apprécie la touche exotique. Les ouvriers y voient l’aubaine d’un alcool bon marché. Les artistes s’en servent pour doper leur créativité. Bref, chacun y trouve son compte et elle représente bientôt 90% des apéritifs servis en France.

Comment consomme-t-on l’absinthe ?

Dans les grandes lignes, l’amateur d’absinthe respecte ces étapes :

  • Choix d’une absinthe distillée, gage de qualité
  • On verse 3 cl d’alcool dans un verre spécifique
  • Une cuillère trouée, la pelle en langage technique, est posée au-dessus du verre
  • Un morceau de sucre est placé sur la pelle… ou pas, selon les goûts de chacun
  • De l’eau glacée est versée lentement à raison de 3 à 5 mesures d’eau pour une mesure d’absinthe
  • L’alcool se trouble progressivement dessinant des volutes lactescentes

Fors les ivrognes, personne ne la boit sans eau.

Quid du prétendu rituel bohémien ?

Inspiré par le flambage de la sambuca, ce rituel consiste à enflammer un morceau de sucre. On le laisse brûler jusqu’à ce qu’il mousse et caramélise. On plonge alors la cuillère dans le verre qui prend feu avant d’éteindre le tout avec de l’eau glacée.

Bien que spectaculaire, cette méthode ne reflète aucunement un rituel historique. Pour certains observateurs, cette mise en scène prendrait sa source dans des bars tchécoslovaques qui, au début des années 90, souhaitaient attirer l’attention de leurs clients sur cette boisson. C’est ce qu’on appelle un coup marketing.

Les artistes utilisaient donc l’absinthe afin de trouver l’inspiration ?

C’est ce qu’ils affirmaient en tout cas… Sans doute en quête d’une créativité avancée, Toulouse Lautrec la déguste diluée dans du cognac, le « tremblement de terre ». L’écrivain irlandais Oscar Wilde lui donne un surnom, la Fée verte, en référence à son pouvoir séducteur et intoxiquant. Van Gogh nourrit créations et délires hallucinatoires à grands renforts d’absinthe. Hemingway invente un cocktail à base d’absinthe et de champagne… Le principal avantage de la Fée verte pour ces grands consommateurs de drogues et d’alcool est surtout d’ordre financier. Moins chère que le vin ou les opiacés, elle leur permet de sombrer dans l’ivresse plus vite et plus souvent.

Van Gogh est pourtant devenu fou à cause de sa consommation débridée, non ?

C’est la version de moins en moins officielle. Les médecins penchent plutôt en faveur d’un diagnostic de troubles bipolaires, l’alcool ne faisant qu’amplifier les crises hallucinatoires dont souffrait régulièrement Vincent Van Gogh.

Pourquoi a-t-elle été interdite ?

Associée à la dépravation des mœurs, l’absinthe est le seul alcool qui a donné son nom à une forme d’alcoolisme : l’absinthisme. Son immense succès est également la cause de sa mauvaise réputation et précipite sa chute, en 1915. Cette interdiction commerciale fait le bonheur du lobby du vin, auteur du fameux slogan : « Tous pour le vin, contre l’absinthe ».

La thuyone rend-elle fou ?

Longtemps, cette molécule constituante de l’absinthe fut accusée de rendre fou. Des études scientifiques réalisées dans les années 80 ont balayé ces allégations fondées sur des analyses plus ou moins farfelues. En réalité, les problèmes de santé dont souffraient les premiers consommateurs seraient dus à l’utilisation d’alcool de mauvaise qualité et… à une surconsommation. Quant à la thuyone, il faudrait boire 5 litres d’absinthe, d’une traite, pour en ressentir les effets néfastes : l’alcool vous aura emporté avant.

La Suisse autorise sa réintroduction commerciale en 2005 et la France lui emboîte le pas en 2011. Aujourd’hui, la thuyone est limitée à 35 mg par litre d’absinthe.

Quelle est sa véritable couleur ?

Si la Fée verte fait clairement référence à sa couleur originelle, l’absinthe se décline aussi en blanc, en bleu, en nuances de jaune et même en rouge. Sa couleur dépend essentiellement des plantes entrant dans la recette. On notera que le vert bonbon ou fluorescent est le signe d’une coloration artificielle, de moindre qualité donc.

Il y aurait une anecdote croustillante à propos de La Maison de l’absinthe de Môtiers, en Suisse ?

Pour la petite histoire, Môtiers, une localité de la commune de Val-de-Travers, propose de visiter la Maison de l’absinthe, un musée édifié dans le même bâtiment qui… tenait lieu de tribunal à l’époque où l’on jugeait les distillateurs clandestins !

N’oubliez pas que l’alcool doit être consommé avec modération. Si vous êtes amateur de mythes, lisez attentivement cet article consacré au couteau suisse. Quelques anecdotes risquent de vous surprendre.

Ça vous a plu ? Dites-le !

5 points
Positif Négatif

Article présenté par

La curiosité n'est pas un vilain défaut.

la Suisse

Etes-vous incollable sur la Suisse ?

Voltaire statue

Voltaire en dix questions