français de Suisse
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Il y a le français… et le français de Suisse (et ce n’est pas tout à fait la même chose)

« Le monde se divise en deux catégories, amigo. Ceux qui parlent le français de Suisse et ceux qui creusent pour tenter de le comprendre. Toi, tu creuses. » Blondin à Tuco (version adaptée à l’article par nos soins)

Un Romand aurait moins de difficultés à comprendre un Français que l’inverse, paraît-il. C’est vite dit. Qu’il essaie de décoder le patois marseillais ou du nord de la France, le Chtimi, et on en reparle. Partons cependant du principe que le français de Suisse peut surprendre, voire décontenancer, le touriste que vous êtes. Comme nous sommes très sympas, nous avons créé un petit décodeur, sous forme d’histoire, afin que votre séjour se déroule dans les meilleures conditions. Pour l’exercice, fermez les yeux (enfin, non, ce n’est pas pratique, oubliez) et imaginez que vous êtes invité chez une amie résidant à Genève. Appelons-la Marie.

Votre TGV arrive enfin à Cornavin. Vous passez le bureau des douanes et repérez Marie en train d’attendre dans la foule. Elle se dirige vers vous.

« Adieu, Stéphane (c’est vous, donc) ! », vous lance-t-elle.

Ça commence bien. À peine arrivé, elle vous demande de rebrousser chemin. Vous n’y êtes pas du tout, amigo. Adieu, en français de Suisse, ou suisse romand, c’est un mot passe-partout signifiant aussi bien « Salut » que « Bonjour » ou « Au revoir ». Alors, ne faites pas cette tête d’enterrement. Elle vous salue, Marie (ah ben oui, il fallait la faire). Souriez. Mieux que ça. Voilà.

Poursuivons.

« J’ai parqué le boguet aux Grottes. On le récupère, on passe à la station, j’y mets de la benzine et on déjeune ? Ça joue ? »

Vous n’avez rien compris. Normal, le français de Suisse et vous, ça fait deux. Pas de panique. Nous sommes là pour vous aider. En clair : elle a garé son vélomoteur dans le quartier des Grottes (pas dans une grotte donc, ce serait bizarre, surtout en ville, et franchement pas pratique du tout). Vous passez à la station-service pour faire le plein d’essence (la benzine) avant de prendre un petit-déjeuner. Ça va pour vous (ça joue) le programme ?

Petit-déjeuner.

Au menu, vous avez des branches, des boules de Berlin, des frappés, des petits fruits et le traditionnel séré. Vous voilà bien avancé pour passer commande.

  • « Des branches » : personne ne vous prend pour un castor. Pas besoin de manifester votre indignation en payant avec un chèque en bois. Branche = barre de chocolat. Ouf ! Vous êtes soulagé.
  • « Des boules de Berlin » : ce sont des petites brioches fourrées à la confiture. Pourquoi des boules de Berlin à Genève ? Mystère.
  • « Frappé » : rien à voir avec un menu tout droit sorti de la tête d’un fou. C’est un milk-shake. Tout simplement.
  • « Des petits fruits » = des fruits rouges. Ils font rarement la taille d’une pastèque, déjà, et, d’un point de vue chromatique, c’est assez juste de ne pas les nommer « fruits rouges ». Vous en doutez ? Vous la trouvez écarlate la myrtille ? Et la mûre ? Voilà. En plus, la pastèque est rouge elle aussi. Petits fruits, c’est bien trouvé, donc. Risque de confusion : zéro.
  • « Le séré » : il s’agit d’un fromage blanc très très très (et ainsi de suite) compact.

La serveuse dépose votre commande sur la table. Comme vous êtes quelqu’un de poli, vous la remerciez et, là, elle vous répond : « Service ! » La serveuse… Service… Le pays de Federer… Mais c’est… Bien sûr ! Elle vous propose une partie de tennis et souhaite servir en premier. Perdu. « Service » = à votre service ou quelque chose comme ça.

Vous croyez entendre la sonnerie de votre portable. Marie vous dit que c’est son « natel » (son portable). Elle décroche. C’est une de ses copines qui propose un picotin dans l’après-midi. Non, elle ne vous prend pas pour un âne. Elle propose un casse-croûte, une collation ou un goûter si vous préférez. Tout va bien. Relax. Libre à vous de manger de l’avoine si vous aimez ça. Chacun son truc.

« Tip-top ce déjeuner. On va au parc ? Avant, je dois passer à un bancomat et faire deux-trois achats à la Migros. »

-> Parfait, ce petit-déjeuner. On va au parc ? Avant, je dois retirer de l’argent à un distributeur et faire quelques achats dans un magasin Migros (une des deux enseignes historiques de la grande distribution suisse avec Coop).

Vous : « D’accord. »

Elle : « Je n’ai pas eu le temps de poutser et je n’ai plus rien dans le cagnard (le cagibi). Il y a des minons (des moutons de poussière) partout. Désolée, c’est un peu le cheni (le bordel, à prononcer « ch’ni ») ! »

Elle rit.

« Je passe à l’office de poste (au bureau de poste) et je te rejoins dans le magasin. Tiens, j’ai fait une liste. Tu peux commencer sans moi ? Essaie de voir s’il y a des actions (des promotions, même en Suisse, on n’achète pas des actions ou des obligations dans un magasin, il y a des règles, amigo). »

Vous (dubitatif, en parcourant la liste) : « D’accord. »

La liste :

  • Des raisinets (des groseilles)
  • Une gabusse (une laitue)
  • Un rampon (une mâche)
  • Une dent de lion (un pissenlit tout simplement, ce n’est pas l’échoppe de Merlin, la Migros)
  • Des brucelles (si vous êtes dans les choux, c’est une pince à épiler, ni plus ni moins)
  • Un linge de cuisine (un torchon)
  • Un paquet de Schübligs (plus ou moins des saucisses de Francfort)
  • Une lavette (un gant de toilette)
  • Une panosse (une serpillière)
  • Une patte (de lapin ? Non, un bête chiffon à vaisselle, vous n’êtes pas chez Merlin, on vous dit)
  • Une camisole (du calme, personne ne vous prend pour un fou, une camisole, c’est un maillot de corps)

Bon. Et si vous exploriez un peu le magasin en attendant Marie ? Grattez-vous la tête. Encore une fois. Ouais, on va faire ça. On va attendre le retour de Marie, doux Jésus (ça vient tout seul). Le temps pour vous de réviser un peu les fondamentaux du français de Suisse.

À la caisse, vous rangez vos courses dans un cornet (un sac) et filez au parc.

« Je guigne le ciel depuis deux heures de temps, je pense pas qu’il va roiller, pas vrai ? »

Vous : « Je sais pas trop… » Variante : « Bah, on verra bien. » Il y a aussi la technique de Perceval  (celui de Kaamelott) :

 

-> Je guette le ciel depuis deux heures (de temps, pour ne pas confondre avec deux heures de poids ou deux heures de large), je pense pas qu’il va pleuvoir. En français de Suisse, « roiller » est un mot fourre-tout qui signifie, selon le contexte :

  • Un peu fou : roillé
  • Passer quelqu’un à tabac : roiller quelqu’un
  • Une saucée : une roillée

Direction le parc.

« Tiens, là, c’était mon gymnase quand j’étais jeune.

– Tu pratiquais quel sport ?

– (Elle rit) Non, le gymnase, c’est l’équivalent de votre lycée en France. »

Elle rit encore, Marie, avec beaucoup de grâce (c’était la dernière, promis).

« Au fait, ma copine va nous rejoindre au parc.

– D’accord. »

Deux minutes plus tard.

« C’est eux, là-bas, avec le pousse-pousse. »

Inutile de chercher un couple de Japonais, il est question de poussette, ici.

« Adieu (salut), les amis !

– Becs (bises) !

– Impossible de parquer (garer) la voiture à côté. C’est la caque (la merde) avec le pousse-pousse (la poussette), nom de Bleu (nom de Dieu !). Et vous, ça va ou bien (ou quoi) ?

– Oui, c’est bonnard (chouette) ! Je fais les présentations. Stéphane, Sophie et son bon ami (son petit ami) Julien qui travaille dans le commerce des catelles (des carreaux de céramique, le carrelage, quoi). Et la puce ? Elle va ou bien ?

– Elle fait ses dents, on ne dort plus. Désolée si on est un peu dans les biolles (dans le cirage).

– Cadeau de tata (elle tend un cadeau à Sophie) et ça, c’est pour la cachemaille (elle tend une enveloppe). La cachemaille, c’est la tirelire. Pour planquer le flouze, l’oseille, l’artiche, l’avoine, les biftons, le blé, les boules, bref, la maille, quoi.

– Alors, Genève ? Tu en penses quoi ? Tu es déçu en bien (tu es agréablement surpris) ? Aujourd’hui, il fait bon chaud (agréablement chaud), ça joue (ça va). Tu serais venu il y a une semaine de temps (ne pas confondre avec la semaine de long, environ deux fois plus lourde), il faisait une de ces cramines (il faisait très froid) ! Maintenant, le mauvais temps, loin (poubelle, dans le sens « oublié ») ! »

Etc.

Vous passez un bon moment au parc. Il est temps de prendre congé de vos amis.

« Allez, tout de bon (bonne continuation) ! »

Vous allez chez Marie et poutsez (nettoyez) l’appartement. Après un repas fort sympathique, elle vous propose une partie de chibre. Calmez vos ardeurs, ce n’est pas du tout ce que vous imaginez. Une partie de chibre, c’est une partie de belote. De belote avec un B, pas de pelote. Voilà. D’ailleurs, elle vous a agencé (aménagé) une place dans le lit d’ami, histoire de lever toute ambiguïté.

« Tu veux un sac de couchage (un duvet) ? Il fait encore cru (froid et humide) la nuit.

– Non, je vais plutôt dormir dans le lit d’ami. »

Le français de Suisse, fin de l’épisode 1

Vous y voyez un poil plus clair à présent ?

 

Français ou français de Suisse, autant éviter les fautes courantes.

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La curiosité n'est pas un vilain défaut.

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